Cadeau et promo

Hermeto Pascoal est un ovni. Né en 1936, ce Brésilien a traversé les époques sans qu’on puisse le caser dans quelque catégorie que ce soit. De la bossa nova à l’expérimentation pure, il est intervenu (et intervient toujours) sur tous les terrains. A l’aise avec de nombreux instruments de musique, il lui est également arrivé de jouer avec des objets du quotidien – comme des théières ou des boîtes en plastique –, des jouets, voire des animaux (en toute bienveillance !). Et si elle est parfois savante, sa production est la plupart du temps ludique. Je terminerai cette introduction en précisant qu’il fut qualifié par Miles Davis de « plus impressionnant musicien du monde » ! Rien que ça…

La brève vidéo ci-dessous fait intervenir Yves Montand en guest-star. Hermeto Pascoal utilise ici la voix de l’acteur au petit accent chantant comme une matière première. Ne tenant pas compte du sens de son propos, il s’intéresse à ses modulations. Le résultat ? une musique issue de mots, mais sans paroles (hum…). Etonnant !

La prestation d’Hermeto Pascoal dure un peu moins de 7 minutes. Mais pour les plus impatients ou les plus pressés d’entre vous, rendez-vous à la troisième minute. A ne pas manquer.

 

A l’occasion de mon dernier post, je vous avais parlé de mon portfolio. Le voici enrichi d’une référence de taille : un livre retraçant le projet du Grand Stade de Lyon – également appelé Stade des Lumières –, commandé par VINCI Construction France avec l’agence lyonnaise Trait d’Union pour maître d’œuvre.

Au service d’une marque, d’une entreprise, d’un produit ou d’un projet, un livre est un outil de communication hors normes. Prestigieux, d’une crédibilité sans pareil, il propulse véritablement son sujet dans l’histoire, et par la grande porte. Un bel objet communiquant qui s’inscrit dans le temps.

J’ai eu le plaisir de participer à la conception de ce magnifique livre et d’en assurer la rédaction à l’issue de nombreuses interviews d’acteurs passionnés et passionnants.

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Pour découvrir le livre, cliquez sur la couverture, puis sur le sous-onglet « Livres ».

2015 en équilibre

 En 2014, un homme essentiel a été distingué. Un homme discret, dont on ne parle presque jamais, a reçu ce qui est considéré comme la plus grande reconnaissance mondiale en son domaine. C’est un homme timide, d’un physique plutôt banal ; un homme qui a du mal à s’exprimer en public, qui ne fait preuve d’aucun charisme ; un homme qui n’a jamais tenté de mettre son travail en avant ou de fréquenter les médias de manière abusive (c’est l’inverse : il les fuit !).

En gros, cet homme est à l’opposé de l’homme (ou de la femme, cela va sans dire) de notre époque ; de ces femmes ou de ces hommes qui brûlent les planches de salles de conférences aux quatre coins du globe, qui submergent les peuples de leurs ondes positives, ébranlent quotidiennement le monde des idées par leurs théories sur le management ou le neuromarketing, inondent les marchés de leur produits hi tech destinés à des consommateurs conquis et ébahis par ce génie qui leur ouvre les portes de la coolitude posthumaine.

Cet homme s’appelle Patrick Modiano, et à l’automne denier, il a reçu le prix Nobel de littérature. Ce fut pour moi la meilleure nouvelle de l’année 2014.

« Le prix Nobel de Littérature récompense tous les ans un écrivain qui a rendu de grands services à l’humanité grâce à une œuvre littéraire qui a fait preuve d’un « puissant idéal ». »

J’ai souhaité vous adresser mes vœux en vous parlant de Patrick Modiano, parce que – outre l’immense et incontestable talent de l’écrivain – j’aimerais qu’il y ait un peu de Patrick Modiano dans l’année 2015 (et pourquoi pas les suivantes). J’aimerais que la simplicité, la bienveillance, la tolérance, la discrétion et l’intelligence viennent contrebalancer le poids parfois excessif du spectaculaire, du rapide, du brillant, de l’agile et que sais-je encore. Entendons-nous bien : je ne voudrais pas que certaines valeurs disparaissent au profit d’autres censément plus vertueuses ; j’aspire simplement à une époque un peu plus « équilibrée ». L’arrivée de Patrick Modiano sur le devant de la scène en serait-elle un premier signe ? Je me prends à l’espérer …

 

Ces quelques 2 ou 3 minutes de fin discours à l’occasion de la remise de son prix montrent bien je crois ce que je veux vous dire.

Émouvant, beau, humain…

 

Et pour les accrocs, la totalité du discours. Calez-vous dans votre fauteuil et prenez le temps…

En conclusion, je vous souhaite une année 2015 équilibrée : pleine de sagesse et de folie.

La Femme à 1 000°

Invité à une séance de dédicaces dans une librairie dijonnaise pour mon dernier roman, L’Usine, je m’ennuyais un peu (et oui, je ne suis pas Amélie Nothomb, et il m’arrive de rester quelques brefs instants seul à ma table). Mon regard errait donc sur les rayonnages, lorsqu’il fut arrêté par un drôle de personnage en photo sur une couverture : lunettes noires, cheveux blancs, pleine face, portant une cigarette à ses lèvres. « Qu’est-ce que Karl Lagerfeld peut-il bien faire sur la couverture d’un roman ? », me dis-je avant de me rétorquer que « connaissant quelque peu la personnalité du bonhomme, je serais bien étonné qu’il fumât ».

Couv Femme 1 000°

Je m’approchai et découvris mon erreur : c’était une vieille femme, qui tirait sur sa clope avec détermination. Le titre : La Femme à 1 000°. L’auteur (ça se complique) : Hallgrimur Helgason (Islandais s’il en est). Avant même de lire la 4° de couverture, je savais que ce roman serait mon futur coup de cœur.

Avec les livres comme avec d’autres objets à potentiel émotionnel, il existe une alchimie qui agit, sans qu’on ne sache comment, et nous amène à des certitudes en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire… Des coups de cœur, quoi ; pas besoin que j’en fasse des tonnes.

Je ne fus pas déçu. Je vous plante le décor. Herbjörg Maria Björnsson vit depuis quelques années sur son lit dans un garage. Ses seuls amis sont Facebook, ses cigarettes, une vielle grenade allemande et les huit cancers qui ne parviennent pas à en venir à bout. Elle a 80 ans et elle nous raconte sa traversée du siècle jalonnée d’amants (parfois glorieux), de fêtes, de voyages, de scandales et de cadavres. Assez rapidement, ce livre m’a fait penser à Little Big Man, film d’Arthur PennDustin Hoffman incarne Jack Crabb, un centenaire qui narre ses multiples vies à travers les États-Unis du XIX°, puis XX° siècle. Avec La Femme à 1 000°, au delà de la métamorphose de Rekjavik, des Islandais et de l’Islande, on assiste de près à la deuxième guerre mondiale dans toute l’Europe, on découvre le seul Islandais qui combattra en uniforme allemand, on rencontre le frère d’Hitler, on croise John-Lennon, on fuit la Pologne, on vit en Argentine avec une bien étrange famille, etc.

Herbjörg Maria Björnsson, de petite fille à vieille femme, parcourra son existence à une cadence folle, oubliera des enfants deci delà, plaquera de nombreux hommes, perdra tout sauf une chose : sa liberté.                              Et pourquoi 1 000° ? Je vous le dirai pas !

À lire d’urgence, mais à ne pas commander sur Amazon.