Voyous et gentlemen

Quelques jours après le feu d’artifice de cette finale de Coupe du Monde de rugby gagnée par les All Blacks, je ne résiste pas au plaisir de cette citation bien connue :

« Le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen, le football est un sport de gentlemen pratiqué par des voyous. »

Et un petit haka historique pour la route…

Sublime !

Et hop ! Une petite citation du grand Friedrich Nietzsche. Phrase magnifique.

« Il faut beaucoup de chaos en soi pour mettre au monde une étoile qui danse. »

L’homme, le professionnel et la machine

 

Lors de ma précédente intervention, je vous avais donné un petit truc de rédacteur : le parler positif. Aujourd’hui, nous allons tout bêtement aborder le délicat sujet de l’intérêt de consulter un concepteur-rédacteur… hum…

Bon, allez, parlons global : en gros, nous savons tous écrire et nous possédons tous un potentiel créatif (variable, soit). Donc, lorsqu’il s’agit de travailler sur la création d’un nom, d’une base line ou d’un slogan, chacun d’entre nous a une chance d’avoir un jour « l’idée qui tue ». Je me souviens, il y a maintenant près de 30 ans, alors que je ne me disais pas encore concepteur-rédacteur (et pour cause, je ne savais même pas que ça existait), un ami avait fondé une entreprise de transport de petits colis qu’il avait nommée « Réguli Courses », ce à quoi j’avais rétorqué « Ça roule de course ». Ce fut ma première base line, elle eut un certain succès. Et, si j’admets bien volontiers qu’on aurait pu faire mieux, j’ose encore la citer. Ceci dit, lorsqu’on n’est pas professionnel, le problème est double : la pertinence (j’ai encore en tête ce salon de coiffure nommé « Crin Tifs ») et l’antériorité (les marques se multiplient, les médias sont de plus en plus prolixes et il est de plus en plus difficile d’aligner un petit groupe de mots qui n’ait pas déjà été utilisé).

Partant du même constat, si nous avons besoin d’écrire un texte communicant, nous sommes tous peu ou prou en mesure de le faire. Mais outre la question récurrente de la pertinence, les difficultés sont encore plus nombreuses. Tout d’abord, le manque de temps. Je ne m’étendrai pas sur le sujet : les non professionnels ont toujours d’autres chats à fouetter alors que les professionnels sont tout simplement payés pour ça. Viennent ensuite (liste non exhaustive et dans le désordre) le style, la technique, la clarté, la capacité à convaincre, le potentiel de référencement (lorsqu’il s’agit de rédaction en ligne), etc. J’ai retenu en la matière un de ces e-mailings que nous recevons tous est qui représente un sommet probablement dû à un savant cocktail de « non natifs », de générateur de textes et de traducteur automatique. En voici la retranscription mot à mot :

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L’original ci-dessous.

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Vous auriez cliqué, vous ? Conclusion : si vous avez besoin d’envoyer un e-mailing frauduleux et crédible, n’oubliez pas de faire intervenir un bon rédacteur.

Le parler positif

Je vais vous faire une confidence : pour moi, l’été commence vraiment avec le Tour de France. Dans ce billet j’évoquerai très brièvement cet événement sportif hors norme, mais cela sera seulement pour aborder un thème qui m’est cher et que je nomme « le parler positif. » Un petit truc de rédacteur qui peut engendrer de grands effets.

Premier exemple. Si je vous dis : « Il n’est pas interdit d’utiliser des formules négatives, mais pas à mauvais escient. » Je suis prêt à parier que certains d’entre vous on relu cette phrase pour être bien sûrs d’en avoir compris le sens. Pour le moins, vous avez dû accomplir un effort de réflexion plus important que si je vous avais dit : « On peut utiliser des formules négatives, mais à bon escient. » On constate que la négativité génère là une complexité inutile.

Une autre conséquence de la formulation négative consiste à provoquer une émotion inconfortable ou indésirable sur laquelle le destinataire du message va s’attarder. Est-il préférable d’annoncer « Je ne suis pas malade » ou « Je vais bien » ?

Enfin, en niant quelque chose, on est obligé de le nommer et donc de le représenter : « Cet éléphant n’est pas rose. » Qu’avez-vous vu ? La formulation négative peut donc être à l’origine d’une méprise, voire devenir contreproductive, puisque vous faites naître dans l’esprit de votre interlocuteur l’image que vous souhaitiez précisément gommer.

Je terminerai par deux phrases entendues récemment. La première, à l’occasion d’une émission sur France Culture, consacrée à un discours radiodiffusé du général de Gaulle. La brillante universitaire qui s’exprimait à ce sujet a conclu ainsi : « A peine moins de 10% de la population n’a pas écouté ce discours. » Nous mettrons cette maladresse sur les « aléas du direct » et probablement sur une activité neuronale en surchauffe ; mais convenons qu’il eût été bien plus simple d’affirmer : « Plus de 90% de la population a écouté ce discours. » Et le Tour de France, me direz-vous ? J’y viens. Comme vous le savez sans doute, cette édition a été ponctuée par de nombreuses chutes collectives. Laurent Jalabert (géant du cyclisme qui a marqué ce sport par un palmarès impressionnant et qui depuis est devenu un consultant respecté) a expliqué l’une d’entre elles en parlant de « corps gras sur la chaussée qui n’ont pas permis aux coureurs de se maintenir sur leur bicyclette ». Cette intervention me paraît idéale pour terminer mon article. D’une part, elle rassemble de manière synthétique et assez explicite les trois points exposés plus haut. D’autre part, elle ouvre sur un sujet que j’approfondirai sans doute une prochaine fois : les mots ou expressions fourre tout qu’on utilise souvent par flemme ou par habitude. Ici, il s’agit du verbe « permettre ». Avez-vous remarqué que de nombreux documents sont truffés de « permettre » ? Il m’est même arrivé, à l’occasion de travaux de réécriture, de tomber sur des « permet de permettre ». En l’occurrence, concernant la phrase du grand Jalabert, elle signifie littéralement que ces « corps gras » n’ont pas donné la permission aux coureurs de se maintenir sur leur bicyclette. On entre dans l’étrange…

Vertige…

Il m’arrive de me rendre sur ce site, et j’avoue être pris de perplexité (et d’un certain vertige).

Quelques bonnes nouvelles, d’autres moins reluisantes… Mais, finalement, qu’est-ce qu’une « bonne » nouvelle ? Qu’il y ait deux fois plus de vélos vendus que de voitures signifie t-il que les gens sont de plus en plus sensibles aux effets de la pollution, ou qu’il y a toujours une quantité considérable d’individus qui n’ont pas les moyens de se payer une auto ? Le nombre d’humains sous alimentés diminue pendant que ceux qui meurent de faim augmente, alors que les personnes en surpoids sont deux fois plus nombreuses que celles qui n’ont pas de quoi se nourrir… qu’est-ce que ça évoque ?  Et que penser du fait qu’il reste moins de 40 ans avant qu’on ne manque de pétrole, 163 ans avant la disparition du gaz de nos sous-sols, et que nous avons encore plus de 412 ans de charbon devant nous ?

Ce qui me trouble peut-être, c’est que ce site nous montre froidement et de manière assez implacable que nous sommes tous interdépendants, réunis dans un espace fini et mortel, et que nous poursuivons imperturbablement notre chemin. Sommes-nous lucides, pendant que nous avançons ?

2015 en équilibre

 En 2014, un homme essentiel a été distingué. Un homme discret, dont on ne parle presque jamais, a reçu ce qui est considéré comme la plus grande reconnaissance mondiale en son domaine. C’est un homme timide, d’un physique plutôt banal ; un homme qui a du mal à s’exprimer en public, qui ne fait preuve d’aucun charisme ; un homme qui n’a jamais tenté de mettre son travail en avant ou de fréquenter les médias de manière abusive (c’est l’inverse : il les fuit !).

En gros, cet homme est à l’opposé de l’homme (ou de la femme, cela va sans dire) de notre époque ; de ces femmes ou de ces hommes qui brûlent les planches de salles de conférences aux quatre coins du globe, qui submergent les peuples de leurs ondes positives, ébranlent quotidiennement le monde des idées par leurs théories sur le management ou le neuromarketing, inondent les marchés de leur produits hi tech destinés à des consommateurs conquis et ébahis par ce génie qui leur ouvre les portes de la coolitude posthumaine.

Cet homme s’appelle Patrick Modiano, et à l’automne denier, il a reçu le prix Nobel de littérature. Ce fut pour moi la meilleure nouvelle de l’année 2014.

« Le prix Nobel de Littérature récompense tous les ans un écrivain qui a rendu de grands services à l’humanité grâce à une œuvre littéraire qui a fait preuve d’un « puissant idéal ». »

J’ai souhaité vous adresser mes vœux en vous parlant de Patrick Modiano, parce que – outre l’immense et incontestable talent de l’écrivain – j’aimerais qu’il y ait un peu de Patrick Modiano dans l’année 2015 (et pourquoi pas les suivantes). J’aimerais que la simplicité, la bienveillance, la tolérance, la discrétion et l’intelligence viennent contrebalancer le poids parfois excessif du spectaculaire, du rapide, du brillant, de l’agile et que sais-je encore. Entendons-nous bien : je ne voudrais pas que certaines valeurs disparaissent au profit d’autres censément plus vertueuses ; j’aspire simplement à une époque un peu plus « équilibrée ». L’arrivée de Patrick Modiano sur le devant de la scène en serait-elle un premier signe ? Je me prends à l’espérer …

 

Ces quelques 2 ou 3 minutes de fin discours à l’occasion de la remise de son prix montrent bien je crois ce que je veux vous dire.

Émouvant, beau, humain…

 

Et pour les accrocs, la totalité du discours. Calez-vous dans votre fauteuil et prenez le temps…

En conclusion, je vous souhaite une année 2015 équilibrée : pleine de sagesse et de folie.

Jingle bells, etc.

Comme tous les ans, Noël approche à toute vitesse, et nous sommes probablement nombreux à ne pas encore avoir acheté de cadeaux (ou pas tous).

Pour ma part, je ne voudrais pas faire le malin, mais j’ai quelques suggestions. Bon d’accord, ceci est une honteuse autopromo même pas déguisée ; mais que voulez-vous, un écrivain est un savant mélange d’altruisme (ici, vous soulager du souci de choisir des cadeaux en vous proposant le plus universel d’entre eux : le livre) et d’égocentrisme mal maîtrisé (dois-je préciser ?). Alors voilà, une bibliographie pour tous les goûts, pour les petits et pour les grands. J’ai ajouté un lien après chaque référence pour faciliter un achat en ligne ; mais si vous préférez, votre libraire habituel vous attend. Dernier mot : n’hésitez pas à commander sans tarder, certains livres sont anciens et/ou peu disponibles…

Le Petit Homme et le Lac – Éditions du Jasmin (littérature jeunesse : c’est comme Le Vieil Homme et la Mer, mais en plus petit). Commander

L’usine – Éditions d’Un Noir si Bleu (un 1984 à l’heure du 2.0). Commander

Alors j’étais mort et je vous observais – Éditions d’Un Noir si Bleu (un huis clos familial tendu, durant… un réveillon de Noël). Commander 

Les Hirsutes – Éditions Robert Laffont (avec la Fanfare à Tonio, un roman décoiffant et pas barbant). Commander 

Pas comme ça – Éditions Le Mot Fou (week-end d’un quadragénaire qui ne me ressemble pas du tout et qui finit par casser la gueule à Casimir). Commander

La Rivière et autres Nouvelles – Éditions Le Mot Fou (réédition de mon deuxième livre : une galerie de portraits et un journal). Commander 

Trio – HB Éditions (un triangle amoureux comme on n’en a jamais vu). Commander

Des Gens – HB Éditions (mon premier livre, mon premier recueil de nouvelles… un poil nostalgiques). Commander

 

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